La France lance les premiers véhicules « flex-fuel »

PARIS (Reuters) – Après des années d’atermoiements, la France lance cette semaine une expérimentation de véhicules « flex-fuel » qui roulent indifféremment avec de l’essence normale ou un carburant composé à 85% d’éthanol.

Commercialisés en France depuis plusieurs mois par le constructeur américain Ford, ces véhicules importés d’Allemagne n’avaient pas trouvé preneurs car le carburant qui les alimente, l' »E85″, est interdit dans l’Hexagone.

Jeudi, dans la Marne, le ministre de l’Industrie homologuera à titre exceptionnel ce carburant, non taxé, dont l’éthanol qui le compose est issu de la distillation de la betterave ou du blé.

Pour la circonstance, François Loos reliera Vitry à Châlons-en-Champagne à bord d’une Ford Focus, la première voiture « flex-fuel » en France.

« Les géants français n’étaient pas en mesure de fournir un véhicule flex-fuel. Ford a été le seul. On n’avait pas le choix », a-t-on déclaré au Conseil général de la Marne.

Celui-ci s’est porté candidat pour l’expérience, grandeur nature, en fournissant à son personnel une flotte de sept véhicules Ford. Le Conseil s’équipera d’une pompe « E85 ».

Face à la flambée des cours du pétrole, à la volonté de réduire sa facture énergétique et aux impératifs écologiques, le gouvernement entend transformer l’essai.

La Champagne-Ardenne et la Picardie, deux régions pionnières dans le développement des « agro bio-industries », envisagent déjà d’expérimenter de 100 à 1.000 véhicules flex-fuel, dans le cadre du pôle de compétitivité « industries et agro-ressources ».

L’objectif est de créer en France une véritable filière, offrant à terme à l’automobiliste le choix de rouler indifféremment avec du biocarburant ou de l’essence, en fonction de la compétitivité du produit.

LE BRESIL, UN PIONNIER QUI FAIT RÊVER

Renault et Total envisagent d’ici fin 2006 un projet commun, le premier fournissant la voiture et le deuxième le mélange.

Si le « flex-fuel » en est à ses balbutiements en France, cette alternative à l’essence n’a plus de secret pour le Brésil depuis le premier choc pétrolier de 1974.

Le premier producteur mondial d’éthanol issu de la canne à sucre pourrait gagner son indépendance énergétique dans les prochaines années, estiment des experts du secteur.

Le bioéthanol représente plus de 15% du carburant utilisé par les voitures brésiliennes, soit pur ou en mélange. L’été dernier, 60% des véhicules neufs vendus étaient des flex-fuel.

Les experts tablent sur une production brésilienne d’éthanol plus rapide que la production de canne à sucre, ce qui pourrait contraindre le pays à réduire ses exportations en 2006 à 21 millions d’hectolitres contre 24 millions en 2005.

Les céréaliers et les betteraviers français estiment qu’ils sont en mesure de fournir dans l’Hexagone 900.000 tonnes d’éthanol en 2008, contre 100.000 tonnes en 2005.

En France, les initiatives pour s’affranchir de l’essence ont jusqu’à présent montré leurs limites face au lobby pétrolier mais aussi face à l’absence de cadre fiscal.

En décembre 2005, le gouvernement avait réuni une table ronde avec les secteurs agricole et pétrolier, les constructeurs et équipementiers automobiles, afin de faire progresser ce type de carburant en France.

Il avait fixé pour objectif l’incorporation de biocarburants dans l’essence à hauteur de 5,75% à l’horizon 2008, 7% à l’horizon 2010 et 10% à l’horizon 2015, afin de placer la France au premier plan dans l’Union européenne.