Les Français jugent incompatibles profits et développement durable

Par La Tribune

61 % des sondés ne croient pas à la capacité des grandes entreprises à rechercher des profits tout en respectant l’environnement. La quatrième édition de semaine du développement durable s’ouvre aujourd’hui.
Sceptiques les Français. Interrogés par TNS MédiaIntelligence pour le compte de l’agence conseil en développement durable Ethicity, ils sont de plus en plus nombreux à considérer impossible de concilier recherche de profits capitalistiques et développement durable (1). Ce dernier concept regroupant une trilogie qui veut associer croissance économique à respect de l’environnement et des normes sociales. Ces résultats qui disent que la moitié de la population « ne fait pas confiance » et 11,6 % « pas du tout confiance » (61,6 % en tout) aux grandes entreprises pour concilier recherche de profits et respect de l’environnement, tombent mal puisque s’ouvre aujourd’hui la quatrième édition de la semaine du développement durable qui appelle citoyens, associations, entreprises et collectivités à favoriser les actions en faveur de la protection de la planète dans le respect des normes économiques et sociales.

Toutefois, les sondés tempèrent leur critique : 33 % d’entre eux estiment en effet qu’avant tout « la viabilité économique de l’entreprise est de sa responsabilité ». Ce qui signifie qu’un bon tiers juge qu’au fond, ce n’est pas aux entreprises à s’occuper de l’état de santé de la planète. Plus globalement, on peut aussi interpréter le scepticisme de l’opinion vis-à-vis des entreprises, comme l’expression désabusée des Français face à leur actions de marketing environnemental, le grand public considérant que la finalité des nombreuses campagnes et promotions à caractère écologique des grandes sociétés n’est en réalité motivée que par un objectif publicitaire.

Perte de confiance. Ce scepticisme envers les entreprises respectueuses du développement durable se conjugue avec une hausse de la perte de confiance dans la mondialisation. En 2006, le pourcentage de personnes considérant que la globalisation n’est pas « une chance de progrès » augmente de 5 points par rapport au même sondage réalisé l’an dernier, atteignant 63 % des sondés.

Mais il y a pis. Le fossé concernant la perception des enjeux environnementaux entre politiques et population continue de se creuser. Le sondage indique que 88 % des Français considèrent que leurs représentants et les assemblées qui les réunissent « ne prennent pas assez en compte » le développement durable dans leur manière de gouverner. Il révèle également une prise de conscience écologique de l’opinion qui va en s’accentuant d’année en année. Aujourd’hui, 69,6 % des Français affirment surveiller leur consommation d’eau (contre 44,5 % en 2005), 80 % trier leurs déchets et 45,5 % privilégier les transports en commun. Globalement, 71,5 %, contre seulement 43,5 % en 2005 déclarent aujourd’hui veiller à réduire leur consommation d’énergie. Une bonne nouvelle pour la planète dont il faut se réjouir, mais sans angélisme : c’est en grande partie la hausse des prix des carburants qui a servi de moteur à ces prises de conscience.

Rémy Janin

(1) Sondage réalisé en mars 2006, auprès d’un échantillon de 4.500 personnes âgées de 15 à 70 ans en auto-administré par voie postale.

Source : La Tribune