Un rapport s’inquiète de la « désaffection » pour la médecine générale

Par Karine PERRET

PARIS (AFP) – lLa médecine générale pâtit d’une « désaffection » inquiétante chez les étudiants, au moment même où davantage de généralistes seraient nécessaires pour faire face au vieillissement de la profession et au rôle pivot du médecin traitant, selon un rapport publié lundi.

Le rapport de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS), présidé par le Pr Yvon Berland, a été remis au ministre de la Santé Xavier Bertrand, qui a aussitôt « salué » son contenu.

Ce document souligne notamment « une interrogation forte sur l’avenir de la médecine générale ». Il rappelle en effet que lors de l’examen national classant (ECN, ex-internat) de 2004 et 2005, « une part significative des postes de médecine générale », à savoir 33% des postes de médecine générale ouverts en 2004 et 40% en 2005, n’ont pas été pourvus.
Dans le même temps, de nombreux médecins généralistes se réorientent en cours d’exercice vers une spécialité ou se tournent vers l’hôpital, souligne le document.
Le corps médical est aussi confronté au vieillissement de ses effectifs et des prévisions démographiques font craindre une pénurie dès 2012, plus fortement marquée encore en 2025.

Selon une étude de la Drees (ministères Santé et Emploi), la démographie médicale passerait de 335 médecins pour 100.000 habitants en 2002 à 283 pour 100.000 en 2025.
L’Observatoire avance trois explications au désintérêt pour la médecine générale: la « méconnaissance du métier », sa « pénibilité » liée aux conditions de travail et aux horaires et son « manque de perspectives ».

Il s’agit là d' »une situation préoccupante », selon le rapport, qui note en outre « les risques de contradiction entre le rôle pivot que lui accordent les politiques publiques et la désaffection dont la médecine générale pâtit aujourd’hui ».
En effet, « une place accrue est aujourd’hui accordée au médecin traitant » qui est dans environ 95% des cas un médecin généraliste.

L’Observatoire voit deux dangers à ce déclin numérique. D’une part il peut « malmener significativement » les politiques visant à améliorer la permanence des soins (gardes la nuit et de week-end) et d’autre part, il risque de « compliquer les actions en faveur d’une meilleure couverture du territoire ».

L’ONDPS invite les pouvoirs publics à agir, car pour lui, « les politiques de régulation mobilisées jusqu’à présent n’ont que partiellement réussi à améliorer la répartition géographique des professionnels de santé ».

Parmi ses « nouvelles préconisations », il demande notamment d’inscrire les décisions sur les numerus clausus (quota à l’entrée en deuxième année de médecine) et les quotas de formation dans « des plans pluriannuels ».

L’Observatoire préconise par ailleurs de faire un bilan des « expérimentations en matière de délégation de tâches » entre professionnels de santé.

Le président de MG-France (généralistes) Pierre Costes a demandé « que l’on sorte des grands discours, que le ministre prenne un arrêté qui reconnaisse la spécialité de médecine générale » et a souhaité « un plan Marshall pour inverser la catastrophe annoncée ».

Le président de la CSMF Michel Chassang a lui plaidé pour « améliorer l’image de marque » de cette discipline et assuré que la réforme du médecin traitant, « véritable plébiscite pour la médecine générale » allait « dans le bon sens ».