Urgent : patients recherchent médecins

Quatre millions de professionnels de santé « de toute urgence ». C’est l’objectif de l’Alliance mondiale tout juste créée par l’OMS… alors que le nombre de médecins-chômeurs ne cesse d’augmenter en Afrique. Explications.

Cinquante-sept pays manquent de praticiens, d’infirmières, de sages-femmes. Dont 36 se trouvent en Afrique subsaharienne, déjà durement touchée par la pandémie de VIH/SIDA. La pénurie est telle qu’ils sont souvent dans l’incapacité d’assurer des interventions vitales. Pas même la vaccination des enfants !

C’est dire l’ampleur de la tâche qu’attend l’Alliance mondiale pour les personnels de santé. Sa mission est de soutenir financièrement et humainement les populations dans le besoin. « L’Alliance mondiale réunira tous les protagonistes nécessaires pour que les pays (…) puissent aller de l’avant en étoffant leurs personnels de santé et en les rendant plus efficaces », a déclaré le Dr Lincoln Chen, le tout nouveau président du Conseil de l’Alliance.

Des médecins-chômeurs dans des pays en manque de médecins !

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, nombre de praticiens sur le continent noir sont aujourd’hui au chômage, faute de recrutement… En cause notamment, la mauvaise gestion des personnels de santé, trop souvent regroupés dans les grandes villes. Or ces dernières n’arrivent plus à absorber les milliers de médecins qui sortent chaque année des universités.

Une réalité dénoncée par l’ONG française Santé Sud, qui a récemment lancé une initiative de solidarité avec ces médecins-chômeurs : marcher de Marseille à Genève, pour sensibiliser les populations de 26 villes étapes. Et il y a urgence. A Madagascar par exemple, « sur les 5 000 diplômés inscrits à l’Ordre en 2004 (publics et privés), on estimait à 1 500 le nombre de médecins sans emploi », a rappelé ce matin le Dr Dominique Desplats, conseiller projets à Santé Sud. En cause, « les mesures d’ajustement structurel imposées au cours de la décennie 1980 », et qui empêchent l’Etat de recruter. Frustrés, les jeunes médecins africains ne comprennent pas pourquoi ils n’arrivent pas exercer sur un continent en proie à une pénurie aiguë de personnels de santé…

Or des solutions existent. Elles passent par la « médecine communautaire ». C’est-à-dire « l’installation du praticien en milieu rural au sein d’une communauté », précise le Pr Edmond Bertrand, ancien doyen de la faculté de médecine d’Abidjan (Côte d’Ivoire). « Pour cela, il faudrait établir des contrats avec les villages. Ce sont eux qui doivent décider d’avoir un médecin. Cette démarche est importante pour la viabilité du projet ». A l’instar du Mali et de ses Centres de santé Communautaires implantées dans les campagnes. Soutenus financièrement, ces projets de médicalisation du monde rural font d’une pierre deux coups : ils offrent un débouché viable aux praticiens-chômeurs, et proposent aux régions enclavées un service sanitaire de qualité.

Sources: OMS, 25 mai 2006, Santé Sud 2 juin 2006